Autobiographie d’une esclave – Hannah Crafts

Lors de mes 10 jours bloquée au lit avec mon mal de dos, j’ai lu Autobiographie d’une esclave d’Hannah Crafts. Ce livre était dans mes priorités de lecture, je l’avais acheté en Mai dernier lors d’un voyage de la mémoire organisé par le Collectif Un Passé Trop Présent au Musée du Nouveau Monde de La Rochelle. Ce collectif d’artistes et de citoyens oeuvrent à Fontenay sous bois depuis 2006 pour la commémoration de l’Abolition de l’esclavage et des traites négrières (en application du décret de la loi Taubira instaurant le 10 Mai comme date officiel).

unpassetroppresentlarochelle

Collectif Un Passé Trop Présent – Cour du Musée du Nouveau Monde – Statut de Toussaint Louverture réalisée par le sculpteur sénégalais Ousmane Sow –

Ce texte est considéré après de nombreuses recherches du professeur d’Harvard Henry Louis Gates Jr  – qui fit l’acquisition de ce manuscrit en 2001 – comme le premier romain écrit par une esclave au États Unis. Trop rare sont les voix parmi les millions d’Africains déportés pendant la traite négrière, celle d’Hanna Crafts est parvenu jusqu’à nous un siècle et demi plus tard. Dans les années 1850, Hannah Crafts rédige son autobiographie romancé inspiré par les romans populaires de l’époque. C’est un récit autobiographique. Elle raconte le règne de l’arbitraire,  la peur du fouet, la séparation des familles autour de l’auction block – où les esclaves étaient vendus – et les tentatives de fuites sévèrement punies.

Les Esclaves des États Unis sont les seuls à avoir raconté leur histoire grâce notamment au mouvement abolitionniste qui organise des « slaves narratives » alors qu’en France ou au Brésil aucun n’a laissé le moindre témoignage. Les esclaves y étaient pourtant plus nombreux, 4 millions au Brésil, 1,6 millions dans les Antilles françaises environ 600 000 sur la cote américaine. Quel Paradoxe ! Ces récits tombent peu à peu dans l’oubli au début du vingtième siècle sous la pression de nombreux historiens considérant ces textes comme de la propagande abolitionniste, il faudra attendre le mouvement des droits civiques dans les années 1960 pour que les historiens inversent les perspectives, ils tentent de mettre en valeur la voix ténue des esclaves loin des registres comptables et des correspondances de planteurs.

Bureau de planteur - Musée du Nouveau Monde - La Rochelle - France

Bureau de planteur – Musée du Nouveau Monde – La Rochelle – France

Les 70 premières pages sont une présentation signé Henry Louis Gates Jr, il y décrit le long travail auquel il s’est attelé pour prouver l’identité de l’auteure, répondant sans détours à toutes les objections et questions possibles à propos de ce manuscrit. Il révèle par ces recherches détaillées l’ampleur historique de la découverte de ce texte unique. Ce récit de vie écrit à la première personne par une femme noire ayant vécu la condition d’esclave est haletant, elle nous livre son témoignage de manière chronologique, de son enfance difficile en Virginie en passant par sa vie d’esclave et ses différentes fuites jusqu’à sa libération. Le texte est également émaillé par sa vision du monde et ses croyances religieuses qui lui ont permises de ne jamais désespérer.

ilovecasamance-autobiograpgieduneesclave

C’est un livre pour les passionnés d’Histoire, pour les amateurs de littérature populaire mais aussi pour les jeunes générations qui trouveront dans ce texte le réalisme qui manque souvent dans les textes abordant l’esclavage. Il est édité en format poche depuis 2007 par les Éditions Payot & Rivages dans la collection Petite Bibliothèque Payot sous le numéro 631. Si vous voulez l’acheter faites moi plaisir, allez chez votre libraire de quartier !

One comment on “Autobiographie d’une esclave – Hannah Crafts”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *