Ousmane Sembène un artiste libre

Une plume engagée

Né à Ziguinchor, c’est un enfant qui a déjà un fort tempérament. Il déserte l’école à l’adolescence, et enchaine les petits boulots avant d’être mobilisé par l’armée française pour servir dans le 6ème régiment des soldats sénégalais. Démobilisé, il devient docker à Marseille. En 1952 Ousmane Sembène publie son premier roman inspiré par son expérience de la souffrance au travail. Il dresse dans Docker Noir un tableau saisissant de la misère et de l’invisibilité des travailleurs immigrés dans la société française de l’époque. C’est un homme libre, autodidacte, militant contre les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie. En 1957 est publié Oh mon beau pays, mon beau peuple dans lequel il éxhorte à la décolonisation mentale de l’Afrique. Suivra trois ans plus tard Les bouts de bois de Dieu, l’histoire de la lutte des cheminots de la liaison ferroviaire Dakar-Niger et le rôle indispensable joué par les femmes dans la lutte. Un roman annonciateur de la ferveur populaire des luttes d’indépendances qui aboutissent sur le continent Africain.

Ousmene Sembene, senegalese film director Lisa Carpenter (001) 212 962 0060

OusmaneSambène ©Lisa Carpenter

 

Une rencontre décisive

Ousmane Sembène rencontre à Marseille l’un des fondateurs des Cahiers du Cinéma, André Bazin qui l’oriente alors vers les Studios GORKI pour l’étude du cinéma. Lors de cette expérience Moscovite il se confronte aussi bien au cinéma soviétique, à la Nouvelle Vague française et au néo-réalisme italien. Dès 1963 sort son premier film Bonhomme Charrette , le récit journalier d’un homme au coeur d’un quartier populaire de Dakar. Il montre la solidarité bienveillante des plus vulnérables et appréhende la réalité sociale pour mieux l’analyser. Avec Le Noir de en 1966 – oeuvre qui révéla le cinéaste au niveau international – il projeta une image différente de l’Afrique. Dans un continent récemment décolonisée, l’accès à la lecture n’est pas démocratisé, le cinéma est un bon moyen pour lui de permettre au peuple d’élaborer la construction d’une nouvelle identité tout en valorisant son patrimoine culturel. Il invite à se diriger vers de nouveaux horizons de résistance contre les schémas encore figés de domination.

CampdeThiaroye-OSembeneUne oeuvre militante

Rebelle tout au long de sa vie, c’est un marqueur de la culture de tout un continent. Son engagement sans relâche à lutter contre la domination coloniale, post-coloniale et à promouvoir le panafricanisme traverse son oeuvre. Il scandalise et dérange d’abord le Sénégal avec son film Ceddo en 1977 puis la France avec Camp de Thiaroye en 1988. La stratégie de déni des autorités françaises est la même que pour le tristement célèbre massacre de Sétif en Algérie. Son ultime message, Moolaadé en 2004 s’attaque sans ambiguïté aux mutilations génitales féminines et au patriarcat. Il obtiendra le prix Un certain regard lors du Festival de Cannes 2004. C’est cette année là que j’ai découvert cet écrivain, réalisateur, acteur et scénariste.

Un artiste à découvrir ou à redécouvrir… En savoir plus grâce à ciné-ressources

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *